La Fabrique des Pandémies de Marie-Monique Robin.

Avec Juliette Binoche.

Musique d’Emily Loizeau.

Le jour de la mort de Jacques Perrin, si profondément humain, j’ai vu en avant-première dans le grand auditorium de l’UNESCO le film de Marie-Monique Robin, La Fabrique des Pandémies, qui va être diffusé sur la chaîne Ushuaïa, le 22 mai 22, puis présenté en salles au cours d’un tour de France. 

C’est un documentaire sur l’exploitation dramatique de la Nature par les êtres humains. 

« Un film nécessaire, fort réussi », ai-je dit à la réalisatrice-journaliste ET passionnée de poésie. Elle accomplit un tour de force : créer une triade féminine qui, entre rythme et mystique, mène une quête de vérité pour proposer un monde mieux équilibré. La réalisatrice, l’interprète et la musicienne forment une union libre et spontanée, qui a la beauté d’une villa de Tanger aux persiennes baissées pour se protéger d’une chaleur devenue vertigineuse.

L’actrice correspond à ce que le public attend d’une actrice : jouer et se jouer passionnément des conventions. Juliette Binoche est belle, son rire est ravissant, elle est vêtue avec élégance et propose « un moyen de se récréer »  le corps et la santé. Le message de la fin, où elle demande un changement de mode de vie est d’autant  plus fort qu’elle est réellement engagée pour la justice et la liberté. « Bouger », il faut bouger…

Le film expose diverses solutions pour arrêter la déforestation, dont la façon de vivre des Massaï. Dans un contexte absolument désespérant, ce mode de vie multi millénaire, respectueux des autres et de l’univers, prend des allures libertaires, alors qu’il devrait être la norme.

La réalisatrice a conçu le personnage de la néophyte qui questionne les scientifiques pour marquer un accomplissement dans le dialogue entre les arts et les sciences — idée qui ne date pas d’hier. La compositrice Emily Loizeau, d’une discrétion de bon aloi, devient l’une des plus justes interprètes de la catastrophe écologique à laquelle nous assistons impuissants (voir Qu’est-ce qu’on attend ? de Marie-Monique Robin, 2016). La solution est pourtant simple : créer de plus en plus de zones où l’être humain laisse exister en paix les règnes végétal et animal. Le mouvement à la fois éphémère et éternel de mon Voyage en Orient offre un exemple de ce genre d’expérience, entre poètes. 

La « bonne idée » de ce profond documentaire écologique est de délivrer un message d’amour, à travers une mise en scène d’acteurs tous bienveillants, tous compétents, unis dans les pays du monde pour soigner. Le plan que j’ai trouvé le plus émouvant montre l’expression d’amour d’une Malgache devant un animal de la grosseur d’un rat, un lémurien aux immenses yeux d’or, quasi irrémédiablement « en voie de disparition ». 

Mémoires irréductibles. De l’entre-deux-guerres à l’an 2000

Françoise d’Eaubonne (Paris, éd. Dagorno, 2001)

Des rivaux se sont réjouis du malheur de l’Amazone verte, si forte et si célèbre dans sa jeunesse… Son premier recueil de poèmes a connu le succès. Puis son roman, Comme un vol de gerfauts a obtenu le Prix des Lectrices de Elle. Les engagements militants et le rôle de Françoise d’Eaubonne chez de grands éditeurs lui ont assuré une immense notoriété. À présent, la postérité a tranché en sa faveur, et elle est considérée comme la fondatrice de « l’écoféminisme » (voir son essai Le féminisme ou la mort). Elle a soutenu les plus faibles, tandis que les autres écrivains cherchaient la reconnaissance. Il faut lire dans ses Mémoires irréductibles les pages acerbes qui relatent sa visite chez une autrice à la mode, dans une somptueuse villa, avec le petit chien que la dame présente comme son plus grand amour… Elle y parle des Juifs sous Pétain, des Algériens misérables sous un régime français dont il vaut mieux taire le nom du président, et des souffrances d’un jeune homosexuel crucifié par son entourage dans la ville de Rimbaud. Porteuse de la parole des « sans voix », elle a été jusqu’au bout pour dénoncer la violence sexiste (SOS Sexisme). Sa verve satirique est d’une noblesse à toute épreuve. N’écrit-elle pas que celui qui est épris de justice s’expose aux humiliations…? 

Les chapitres sur les cinq hommes qui ont fait partie de sa vie, qu’elle nomme « Les monstres de l’été », méritent à eux seuls une étude. On ne peut aller plus loin dans la façon de saisir l’entité immatérielle de l’être qui nous est le plus cher, tout en exposant les contraintes du patriarcat (voir Les femmes avant le patriarcat). Ces hommes sans grandeur cherchent à dominer cette femme de génie spirituel, douée d’une dynamique puissance, pour la forcer au mariage, à la procréation et même à servir. Un harcèlement au quotidien et pas un seul honnête homme. Beaucoup de créatrices s’y reconnaîtront. Le mari éditeur de poésie est un escroc, renvoyé du séminaire, et pire encore, bigame. Un veule et sinistre profiteur qu’elle nomme Lakanal emblématise ces intellectuels fats. Elle ne règle pas ses comptes, elle trempe sa plume dans la plaie. Elle nous apprend avec humour le sens profond de « l’Hâmour », le sien, pour des hommes toxiques, chacun à sa façon, de pire en pire, jusqu’au Minautore. Un grand sociologue… Ce n’est pas l’amant le plus diablement caractérisé par cette parole de maîtresse-femme, étant donné qu’il a mis à mort une étudiante qu’elle appelle Ariane. Son ami Bob lui écrit qu’elle doit attendre « quinze ans » : « parce que je crois que tu ne seras un grand écrivain qu’à cette époque. Auparavant, l’amour t’en empêchera » (p. 432). Ce qui complète l’assertion militante nihiliste de Françoise d’Eaubonne: «[…] je maintiendrai que la Famille est le plus puissant instrument d’oppression et de surveillance tant pour la femme que pour l’homme» (p. 678).

Le seul homme aimé qui aurait pu « être (s)on maître », estime-t-elle, Gérard Hof, se livre lui aussi à des constats extrêmes : « Le minimum que puisse faire un psychiatre est de libérer le délire sous-jacent qui l’a attiré vers cette profession morbide de voyeur » (Je ne serai plus psychiatre). Délicat, brillant mais sans grande valeur humaine, défroqué, médiatisé, interné, etc., il synthétise le thème de la souffrance, «tout au fond, au fond glacé des eaux noires» (p. 855).

Françoise d’Eaubonne n’a pas choisi une retraite paisible. A plus de soixante-dix ans, elle s’est attaquée à la secte Longo Maï, à Forcalquier*, suivant ces procédures alambiquées qui stérilisent la création, se rendant au Palais de Justice de Paris, et subissant des harcèlements jusqu’aux portes de sa « piaule » du 8 boulevard Bonne-Nouvelle, protégée par des voisins tels que le photographe Serge Tamagnot et le cinéaste Vincent Dieutre, avec qui elle s’entendait bien. Des casseurs s’étaient présentés, et bien sûr, elle en avait ri. Elle était incapable de cette gaité obligée qui masque la grande douleur comme un rideau en mauvais velours violet masque un cercueil, ou comme le regard mort d’Isabelle Adjani qui, à 66 ans, exhibe un visage de 20 ans pour être mitraillée par des paparazzis, un regard plein des offenses, des tortures, des douleurs de l’égo — le plus affreux est qu’il s’agit d’une femme de haute intelligence, véritablement douée pour le théâtre. C’est la démarche inverse de celle de Françoise d’Eaubonne. 

La Verte Amazone d’Armorique a séduit par sa grandeur. Le vert étant la couleur de l’espoir, mais aussi celle de la folie, dans le fabuleux Moyen Âge, il vaut mieux dire « L’Amazone bretonne et libertaire ». Une thèse ne suffirait pas à présenter les origines de ses secrets, et ses nombreux mystères… La culture bretonne, telle qu’elle est transmise par Annick de Souzenelle, joue un rôle déterminant dans sa philosophie et sa profonde sagesse, la Bretagne étant sans conteste la « province de l’âme » (Julien Gracq)**. 

Néanmoins, notre Amazone libertaire  a choisi pour inaugurer son grand livre de mémoires, qui est son chef d’œuvre, de renouer sa filiation avec Saint François de Paule, l’ermite calabrais venu fonder l’ordre des Minimes à Amboise. C’est un guérisseur, c’est le thaumaturge de la Maison des Pages d’Amboise, venu en France avant les guerres d’Italie, car le roi Louis XI à Plessis-les-Tours sollicitait ses miracles. L’Amazone bretonne écrivit cette première page de ses mémoires à la Maison des Pages. Comme tous ses habitants animés d’un esprit de poésie et de recherche, le seul espoir du genre humain (et non de « l’humain »…), elle y faisait des rêves bizarres, sortes de « visitations » dont elle a parlé dans une des lettres de notre longue correspondance. Quels dieux honorait-elle de ses prières, de ses sacrifices ? Quoiqu’il en soit, cette magnifique intercession d’un être humain relié aux forces surprahumaines a eu lieu, fécondant ces mémoires qui sont aussi un magnifique traité de philosophie féminine. Telle était la descendante d’un ermite doué d’une puissance de guérison, telle était la véritable amazone qui rêvait de lui dans la Maison des Pages, pour constituer un être véritablement nouveau. En 2022, il reste encore l’humble mobilier de sa « piaule » du 8 boulevard Bonne Nouvelle, dont j’étais devenue la propriétaire pour qu’elle ne soit pas expulsée par sa « probloc » qui la terrifiait, bien qu’elle fût d’une banalité à fendre l’âme, et qu’elle terrifiait.

Les récits et autres romans de Françoise d’Eaubonne entrent dans les normes drastiques des grandes maisons d’édition. Contrairement aux mémoires, où le flux de l’écriture garde sa véhémence, ils me sont toujours tombés des mains, bien qu’elle m’y mette en scène, à la façon de J.-B. Pontalis à propos d’Alexandrie. Elle est la première à s’en moquer en citant sa mère : « on dirait un roman de Françoise », s’agissant d’un roman flasque. Ces mémoires vraiment irréductibles manifestent toute la palette des couleurs d’une âme féminine. L’amazone véritable, et non un fantoche de salon, s’y rencontre, s’y retrouve « telle qu’en elle-même », pour l’éternité parce qu’elle a posé les bonnes questions, entre autres « pour piquer dans l’affolant besoin féminin de-ne-pas-être-seule ! » (p. 458). Par ricochets, voire feux follets, elle fait comprendre pourquoi la poétesse Simone Chevalier incarne la droiture et la constance du « génie féminin ». Sa biographie n’est pas ce qu’une certaine critique impuissante à agir et vivre refuse en la considérant comme une chose molle autour de l’œuvre. C’est l’inverse ! C’est du Stefan Zweig, aussi grand, sans systématisme et sans la fadeur du politiquement correct. Avec sa fermeté d’amazone, non dénuée de tendresse, elle nous montre qu’en ayant un honneur et une dignité immarcescibles, une femme nous aide à découvrir la source de la vie.

Camillæ

* Des femmes s’étaient suicidées, victimes d’un délire utopique d’extrême-gauche où les « génitrices » étaient partagées par les hommes, et mises en communauté.

** Voir aussi Ernest Renan, L’Âme bretonne (1854), et surtout Le Génie poétique de la race celtique, L’Archange Minotaure (10 avril 2003)

Début des Mémoires irréductibles

Louis XI allait mourir ; il était furieux. […] il fit venir à son chevet le fondateur des Minimes. Ce qui devait fournir à Casimir Delavigne, quelques siècles plus tard, le prétexte de son plus grand navet coulé en bronze.

Le moine calabrais avait fait vœu de pauvreté ; mais pas pour sa petite famiglia. Quand Louis XI voulut récompenser ses mérites de confesseur, François de Paule fit venir fratellini et sorellinas (à Amboise ndlr). Je les imagine sans effort : nourris de châtaignes, chaussés de poussière, d’une dévotion machinale et terrifiée ; par surcroît, abrutis de leur soudaine fortune. Voici le monarque de France qui les dote, les marie. D’un de ces mariages, qui reçut en sa corbeille de noce le fief de Montmorency, devait sortir la lignée de Montmorency d’Eaubonne. 

Le nom de François, comme celui de Paul, y demeurera traditionnel.

1ère page d’un article sur l’écoféminisme, inclus dans la correspondance entre Françoise d’Eaubonne et Camille Aubaude

CINEVITA 2021

 » C’est magique de voir enfin Adieu Philippine, une merveille de délicatesse et d’intelligence sur ce qu’on appelé à la génération suivante les « rapports homme-femme ». Le rythme des plans, l’emploi de certaines musiques m’ont ravie. Ce film que les enseignants de cinéma de La Sorbonne citaient souvent avec admiration est resté dans les mémoires parce qu’il expose l’avant de l’abominable guerre d’Algérie, le départ d’un jeune homme, chair à canon, qui est amoureux de deux femmes. 1958. Les critiques Serge Daney et Serge Toubiana dont je suivais les cours pour mon diplôme de cinéma à Censier en 1977 construisaient leur théorie de la Nouvelle Vague. Puis Jean Doucet à Jussieu. Des séminaires très à la mode… Et pourtant sans youtube, je n’aurais jamais vu Adieu Philippine, cette construction d’émotions autour du nom d’une femme, aussi vrai qu’inventé. Sans la Toile mondiale, personne ne retrouverait la vision subtile, naturelle et aimante de Jacques Rozier. La liberté et la gratuité se disent de la même façon au pays de Lady Gaga et Mister Google. Ne soyons pas dupes, les films « à petits budgets » du cinéma français vont rapporter des abonnés.

Du côté d’Orouët de Jacques Rozier (1973), tourné en Bretagne bien après Adieu Philippine, est une suite de saynètes, comme une suite de pièces de musique dans la même tonalité. Pas de sketchs, pas d’emphase, pas de numéros d’acteurs chauffés à blanc, mais beaucoup de tendresse mêlée à cette nostalgie au sens littéral de « retour ». J’ai éclaté de rire à certaines scènes qui touchent en fait les esprits éduqués à l’analyse de film. Les trois jeunes femmes qui rient pour un rien et orchestrent une variation de sons sur le mot « orouët » sont inoubliables, parfaites, fraîches, aux antipodes de la lourde artillerie des « big » et autres « méga show » qui ont prouvé leur incapacité à affiner le goût. La mièvrerie, les coups de poings à l’estomac de la production culturelle invasive incitent à réfléchir au constat d’E. A. Poe, traduit par Baudelaire : « Autrefois vivaient des êtres harmonieux, mais maintenant, on voit de grandes formes discordantes à travers les fenêtres et une hideuse multitude se rue éternellement, qui va éclatant de rire ne pouvant plus sourire ».  (La Chute de la Maison Usher, je cite de mémoire).

Or-rouët, orouuuu-ëtte nous mène en riant à la ferme du Groët, et j’ai encore éclaté de rire au plan de la scène suivante : l’écran noir ( le « schwartz » ) avec la lampe torche au milieu braquée sur la caméra. Enfin quelqu’un qui sait ce qu’est le cinéma, et le pratique sans se plier au formatage des circuits commerciaux, même si c’est eux qui gagnent par la force.  

J’ai éclaté de rire, hélas, parce que mon indépendance d’esprit est noyée dans ce qu’on nomma au XIXè siècle « le flot de merde industriel », et à présent « l’ère du vide », aux conflits d’intérêts qui encouragent la vulgarité et la médiocrité. J’ai donc une telle béance, qui me fait dériver sur la Toile universelle, que je ne sais plus qu’empiler sans délicatesse les objets culturels, au lieu de m’en nourrir pour être utile. Le fait de bénéficier de mes cours de cinéma à Censier, donc d’un diplôme de cinéma, est un filet de sauvetage, alors que la grande épuisette maniée par les trois femmes du film de Rozier pour pêcher d’inexistantes crevettes sert à prendre l’homme dans ses filets, lui procurant un stress énorme. Après l’ennui, près d’une plage vide, les filets de l’épuisette prônent une injustice ahurissante. Ils dévient les meilleures intentions de l’être humain. Bernard Menez cuisine pour rien, le frigo est vide, et comme nous, spectateurs de youtube, il sait qu’il « est pris pour un imbécile ».

Cette veine artistique sans vanité doit maintenant prouver son ancienneté. Je suis tentée de l’appeler « le poème de la femme », initié par les dessins de vulves de la grotte Chauvet (art de moins trente-six mille ans) au chant du grillon de Marceline Desbordes-Valmore (« laissez chanter mon grillon »). Elle crée les films de Jacques Rozier. Sont-ils promis aujourd’hui à un avenir planétaire, dont les mirifiques jeux de miroir dans les écrans représentent aussi bien une braderie qu’un nouveau commerce ? »

Les Chroniques de cinéma de Camillæ sont publiées par LPpdm et La Maison des Pages éditions sous le titre Cinévita (Paris, 2020).

ISIS AMAZONIE au Centre de Cerisy la Salle, 12-15 octobre 2020


Centre culturel international de Cerisy la Salle
2, Le Château,
50210 Cerisy-la-Salle
Tél. : 02 33 46 91 66‬

info.cerisy@ccic-cerisy.asso.fr edith.heurgon@ccic-cerisy.asso.fr

Argumentaire —

ISIS AMAZONIE est un colloque qui va se dérouler à Cerisy, du 12 au 15 octobre 2020. L’organisation est soutenue par la Maison des Pages, dans le but de préparer une mission de sauvegarde des arbres d’Amazonie et un colloque élargi, en 2023.

Relié au Voyage en Orient de Camille Aubaude, ce colloque a pour ambition d’articuler la poésie et la nature, dans l’urgence de sauver un patrimoine culturel et naturel en train de disparaître sous nos yeux. La forêt amazonienne sous l’égide de la figure d’Isis, la divinité de l’Egypte antique, ductile et myrionyme, met en valeur la fonction prophylactique. La création poétique contemporaine de Camille Aubaude, créatrice du mythe littéraire d’Isis, souligne son originalité.

Dans quelle mesure le mythe d’Isis résonne dans les réalités que nous traversons ? Comment rattacher de manière positive cette figure au monde contemporain, et aux problématiques de notre temps ? Les thèmes concernés sont bien sûr la poésie mais également la biologie, les arbres et les plantes médicinales. Les problématiques englobant notamment les littératures mondiales ou la pratique artistique des nouvelles technologies sont bienvenues.

Les perspectives historiques, concernant par exemple la femme « qui possède le pouvoir d’évoquer » (Ancien testament). De quoi est née la déesse Isis, quels sont les textes remarquables ? Quels liens sa religion à mystères a-t-elle entretenus avec la société ? Avec l’institution littéraire ? Avec la parole scientifique ? Avec les hommes, artistes ou scientifiques ? Quelles représentations a-t-elle contribué à créer ? Comment l’institution littéraire et/ou scientifique les a-t-elles accueillies ? Ces représentation sont-elles solidaires, féministes ? Ont-elles créé des mouvements, des écoles? Ont-elles participé à des mouvements déjà institués ? Si oui, dans quelles mesures ? Comment la postérité pourra-t-elle les considérer ?

Telles sont quelques-unes des questions auxquelles ce colloque voudrait tenter de répondre, dans le double objectif d’établir actuellement les connaissances sur ce mythe littéraire et l’alliance entre les cultures.

Le point d’origine de ce colloque est Camille Aubaude, une poétesse qui œuvre au maintien de la diversité culturelle, à la fois essayiste, musicienne, photographe, scénariste et diariste (voir https://everybodywiki.com/Camille_Aubaude). Cette créatrice aux multiples talents incarne les capacités des femmes qui luttent contre l’obscurantisme, femmes que ce colloque veut aussi mettre en lumière. Les contributions se focaliseront sur l’œuvre de cette poétesse, en relation avec le contexte dans lequel elle est apparue, notamment les arts numériques.

Les domaines d’investigation retenus sont les suivants : thématique, critique, sociologique, monographique et génétique. Les contributions s’attacheront à faire comprendre les enjeux sociaux et intellectuels de ces productions.

Les contributions peuvent notamment aborder :

• Une œuvre de femme spécifique singulière (approche disciplinaire et monographique)

• Des thématiques de l’avant garde artistique

• Plusieurs œuvres de Camille Aubaude dans une vision synchronique (approche comparatiste)

• Plusieurs œuvres de scientifiques dans une approche diachronique

• La réception de actions pour la sauvegarde de la biodiversité et de la diversité culturelle

• Les problématiques du bio-art, l’appropriation du monde vivant dans le geste artistique, l’art écologique…

Les contributions de 25 minutes maximum seront faites en français ou en anglais et enregistrées. La participation des doctorant(e)s est particulièrement bienvenue.

Une publication est envisagée pour les articles retenus par le comité scientifique du colloque. Les propositions, de 300 signes maximum, devront présenter le sujet et la problématique proposés, préciser l’état de la recherche dans le domaine et les sources utilisées. Elles seront accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique.

La Maison des Pages éd. — 30 rue Beaubourg — 75003 PARIS

lamaisondespages@orange.fr

Catégorie Littérature

Les coorganisateurs bénéficieront de droits de modification et pourront ajouter l’évènement à leur agenda pour contribuer à en faire la promotion.

« Ode à Adeline Chambriard » de Camille Aubaude

Tourné l’été 2017 à la Galerie Daniel Templon, le film de Raphaëlle Gayon avec Delphine André se déroule se déroule dans l’installation de Chiharu Shiota, « la forêt rouge des transformations », qui relaie le sentiment sacré du Voyage en Orient de la poétesse Camille Aubaude, recueil disponible sur commande en contactant : lamaisondespages@orange.fr

https://youtu.be/2NcFrK8pUFg

tous droits réservés

Raphaelle Gayon, «  « Ode à Adeline Chambriard » de Camille Aubaude  », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques|Concours international (édition 2017 sur les animaux, le handicap & la joie), mis en ligne le 30 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/concours-ode.html

 

Lecture du Voyage en Orient de Camille Aubaude à la Maison de la Poésie

Lecture du Voyage en Orient de Camille Aubaude à la Maison de la Poésie-Théâtre Molière, le 29 juin 2017, à Paris, déclamée par Delphine André, Sophie Demmler, Jean Boissery et Francesco Forlani.
Photographie de Jacqueline Chambord.
Adaptation théâtrale d’Anne Marie Hémerick.
« Camille Aubaude montre par son Voyage en Orient que la meilleure façon de se dépayser est la poésie, à une époque où l’on croit pouvoir être partout à la fois […] un texte qui nous aide à comprendre l’épreuve extraordinaire que traverse notre humanité ». Denis Monod-Broca, critique.

LORELEI

Nymphe dressée sur un rocher,
la sirène ondule à l’affût
des barques d’infortune, mue
par des chants déchaînés.

N’as-tu jamais vu Lorelei nager au fil des eaux,
sa chevelure blonde entremêlée aux algues ?
Vestale des brumes,
elle attise les tourmentes
et joue de toutes les voix
se pressant dans sa gorge.
Les bateaux sont sa proie.
N’as-tu jamais vu Lorelei nager au fil des eaux,
sa chevelure blonde entremêlée aux algues ?

Sainte des flots agités,
elle appelle les naufragés,
exilés dans l’errance?
les mène dans une île blanche
pétrie de vagues au sein des eaux :
ses cailloux sont des os.
N’as-tu jamais vu Lorelei nager au fil des eaux,
sa chevelure blonde entremêlée aux algues ?

Maîtresse des nixes ! la femme est ton apôtre.
Des ailes d’oiseaux enlacent tes épaules, les nôtres.
Des ombres s’attachent à ton sein nu.
Tu défies les Ancêtres de rites inconnus.

N’as-tu jamais vu Lorelei nager au fil des eaux,
sa chevelure blonde entremêlée aux algues ?

Le chant de Lorelei abat les géants.
Son regard indolent fascine,
et sa figure empreinte de beauté
danse éblouie au fond des sources.

Va voir Lorelei nager au fil des eaux !
Un visage mémoire des cieux
dans le silence qui se souvient
philtre les gemmes froides
par la pureté de son teint,
les diamants limpides des yeux.
sa chevelure blonde entremêlée aux algues
entremêlée aux algues…

Son corps, tel une plante carnivore,
blanc, jaune et vert, a une bouche
d’où jaillit le chant parfumé de sang
et mène le marin au berceau de la vie.

N’as-tu pas vu Lorelei  nager au fil des eaux,
nager au fil des eaux…

Comment honorer les chansons d’autrefois ?
Je suis née sous ton signe aux mille pressentiments.
Plutôt que la torpeur du monde, ses secrets dévoilés,
j’aime ta voix de nymphe aux heures de transparence

Remercie Lorelei nageant au fil des eaux,
sa chevelure blonde entremêlée aux algues !