CINEVITA 2021

 » C’est magique de voir enfin Adieu Philippine, une merveille de délicatesse et d’intelligence sur ce qu’on appelé à la génération suivante les « rapports homme-femme ». Le rythme des plans, l’emploi de certaines musiques m’ont ravie. Ce film que les enseignants de cinéma de La Sorbonne citaient souvent avec admiration est resté dans les mémoires parce qu’il expose l’avant de l’abominable guerre d’Algérie, le départ d’un jeune homme, chair à canon, qui est amoureux de deux femmes. 1958. Les critiques Serge Daney et Serge Toubiana dont je suivais les cours pour mon diplôme de cinéma à Censier en 1977 construisaient leur théorie de la Nouvelle Vague. Puis Jean Doucet à Jussieu. Des séminaires très à la mode… Et pourtant sans youtube, je n’aurais jamais vu Adieu Philippine, cette construction d’émotions autour du nom d’une femme, aussi vrai qu’inventé. Sans la Toile mondiale, personne ne retrouverait la vision subtile, naturelle et aimante de Jacques Rozier. La liberté et la gratuité se disent de la même façon au pays de Lady Gaga et Mister Google. Ne soyons pas dupes, les films « à petits budgets » du cinéma français vont rapporter des abonnés.

Du côté d’Orouët de Jacques Rozier (1973), tourné en Bretagne bien après Adieu Philippine, est une suite de saynètes, comme une suite de pièces de musique dans la même tonalité. Pas de sketchs, pas d’emphase, pas de numéros d’acteurs chauffés à blanc, mais beaucoup de tendresse mêlée à cette nostalgie au sens littéral de « retour ». J’ai éclaté de rire à certaines scènes qui touchent en fait les esprits éduqués à l’analyse de film. Les trois jeunes femmes qui rient pour un rien et orchestrent une variation de sons sur le mot « orouët » sont inoubliables, parfaites, fraîches, aux antipodes de la lourde artillerie des « big » et autres « méga show » qui ont prouvé leur incapacité à affiner le goût. La mièvrerie, les coups de poings à l’estomac de la production culturelle invasive incitent à réfléchir au constat d’E. A. Poe, traduit par Baudelaire : « Autrefois vivaient des êtres harmonieux, mais maintenant, on voit de grandes formes discordantes à travers les fenêtres et une hideuse multitude se rue éternellement, qui va éclatant de rire ne pouvant plus sourire ».  (La Chute de la Maison Usher, je cite de mémoire).

Or-rouët, orouuuu-ëtte nous mène en riant à la ferme du Groët, et j’ai encore éclaté de rire au plan de la scène suivante : l’écran noir ( le « schwartz » ) avec la lampe torche au milieu braquée sur la caméra. Enfin quelqu’un qui sait ce qu’est le cinéma, et le pratique sans se plier au formatage des circuits commerciaux, même si c’est eux qui gagnent par la force.  

J’ai éclaté de rire, hélas, parce que mon indépendance d’esprit est noyée dans ce qu’on nomma au XIXè siècle « le flot de merde industriel », et à présent « l’ère du vide », aux conflits d’intérêts qui encouragent la vulgarité et la médiocrité. J’ai donc une telle béance, qui me fait dériver sur la Toile universelle, que je ne sais plus qu’empiler sans délicatesse les objets culturels, au lieu de m’en nourrir pour être utile. Le fait de bénéficier de mes cours de cinéma à Censier, donc d’un diplôme de cinéma, est un filet de sauvetage, alors que la grande épuisette maniée par les trois femmes du film de Rozier pour pêcher d’inexistantes crevettes sert à prendre l’homme dans ses filets, lui procurant un stress énorme. Après l’ennui, près d’une plage vide, les filets de l’épuisette prônent une injustice ahurissante. Ils dévient les meilleures intentions de l’être humain. Bernard Menez cuisine pour rien, le frigo est vide, et comme nous, spectateurs de youtube, il sait qu’il « est pris pour un imbécile ».

Cette veine artistique sans vanité doit maintenant prouver son ancienneté. Je suis tentée de l’appeler « le poème de la femme », initié par les dessins de vulves de la grotte Chauvet (art de moins trente-six mille ans) au chant du grillon de Marceline Desbordes-Valmore (« laissez chanter mon grillon »). Elle crée les films de Jacques Rozier. Sont-ils promis aujourd’hui à un avenir planétaire, dont les mirifiques jeux de miroir dans les écrans représentent aussi bien une braderie qu’un nouveau commerce ? »

Les Chroniques de cinéma de Camillæ sont publiées par LPpdm et La Maison des Pages éditions sous le titre Cinévita (Paris, 2020).

ISIS AMAZONIE au Centre de Cerisy la Salle, 12-15 octobre 2020


Centre culturel international de Cerisy la Salle
2, Le Château,
50210 Cerisy-la-Salle
Tél. : 02 33 46 91 66‬

info.cerisy@ccic-cerisy.asso.fr

info.cerisy@ccic-cerisy.asso.fr edith.heurgon@ccic-cerisy.asso.fr

Argumentaire —

ISIS AMAZONIE est un colloque qui va se dérouler à Cerisy, du 12 au 15 octobre 2020, dans le respect des consignes d’hygiène. L’organisation est soutenue par la Maison des Pages éditions, dans le but de préparer une mission de sauvegarde des arbres d’Amazonie et un colloque élargi, en 2023. Relié au Voyage en Orient de Camille Aubaude, ce colloque a pour ambition d’articuler la poésie et la nature, dans l’urgence de sauver un patrimoine culturel et naturel en train de disparaître sous nos yeux. La forêt amazonienne sous l’égide de la figure d’Isis, la divinité de l’Egypte antique, ductile et myrionyme, met en valeur la fonction prophylactique. La création poétique contemporaine de Camille Aubaude, créatrice du mythe littéraire d’Isis, souligne son originalité.

Dans quelle mesure le mythe d’Isis résonne dans les réalités que nous traversons ? Comment rattacher de manière positive cette figure au monde contemporain, et aux problématiques de notre temps ? Les thèmes concernés sont bien sûr la poésie mais également la biologie, les arbres et les plantes médicinales. Les problématiques englobant notamment les littératures mondiales ou la pratique artistique des nouvelles technologies sont bienvenues.

Les perspectives historiques, concernant par exemple la femme « qui possède le pouvoir d’évoquer » (Ancien testament). De quoi est née la déesse Isis, quels sont les textes remarquables ? Quels liens sa religion à mystères a-t-elle entretenus avec la société ? Avec l’institution littéraire ? Avec la parole scientifique ? Avec les hommes, artistes ou scientifiques ? Quelles représentations a-t-elle contribué à créer ? Comment l’institution littéraire et/ou scientifique les a-t-elles accueillies ? Ces représentation sont-elles solidaires, féministes ? Ont-elles créé des mouvements, des écoles? Ont-elles participé à des mouvements déjà institués ? Si oui, dans quelles mesures ? Comment la postérité pourra-t-elle les considérer ?

Telles sont quelques-unes des questions auxquelles ce colloque voudrait tenter de répondre, dans le double objectif d’établir actuellement les connaissances sur ce mythe littéraire et l’alliance entre les cultures dans le respect de la biodiversité :

voir https://pisad.org

Le point d’origine de ce colloque est Camille Aubaude, une poétesse qui œuvre au maintien de la diversité culturelle, à la fois essayiste, musicienne, photographe, scénariste et diariste (voir https://everybodywiki.com/Camille_Aubaude). Cette créatrice aux multiples talents incarne les capacités des femmes qui luttent contre l’obscurantisme, femmes que ce colloque veut aussi mettre en lumière. Les contributions se focaliseront sur l’œuvre de cette poétesse, en relation avec le contexte dans lequel elle est apparue, notamment les arts numériques.

Les domaines d’investigation retenus sont les suivants : thématique, critique, sociologique, monographique et génétique. Les contributions s’attacheront à faire comprendre les enjeux sociaux et intellectuels de ces productions.

Les contributions peuvent notamment aborder :

• Une œuvre de femme spécifique singulière (approche disciplinaire et monographique)

• Des thématiques de l’avant garde artistique

• Plusieurs œuvres de Camille Aubaude dans une vision synchronique (approche comparatiste)

• Plusieurs œuvres de scientifiques dans une approche diachronique

• La réception de actions pour la sauvegarde de la biodiversité et de la diversité culturelle

• Les problématiques du bio-art, l’appropriation du monde vivant dans le geste artistique, l’art écologique…

Les contributions de 25 minutes maximum seront faites en français ou en anglais et enregistrées. La participation des doctorant(e)s est particulièrement bienvenue.

Une publication est envisagée pour les articles retenus par le comité scientifique du colloque. Les propositions, de 300 signes maximum, devront présenter le sujet et la problématique proposés, préciser l’état de la recherche dans le domaine et les sources utilisées. Elles seront accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique.

La Maison des Pages éd. — 30 rue Beaubourg — 75003 PARIS

lamaisondespages@orange.fr

Catégorie Littérature

Les coorganisateurs bénéficieront de droits de modification et pourront ajouter l’évènement à leur agenda pour contribuer à en faire la promotion.

« Ode à Adeline Chambriard » de Camille Aubaude

Tourné l’été 2017 à la Galerie Daniel Templon, le film de Raphaëlle Gayon avec Delphine André se déroule se déroule dans l’installation de Chiharu Shiota, « la forêt rouge des transformations », qui relaie le sentiment sacré du Voyage en Orient de la poétesse Camille Aubaude, recueil disponible sur commande en contactant : lamaisondespages@orange.fr

https://youtu.be/2NcFrK8pUFg

tous droits réservés

Raphaelle Gayon, «  « Ode à Adeline Chambriard » de Camille Aubaude  », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques|Concours international (édition 2017 sur les animaux, le handicap & la joie), mis en ligne le 30 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/concours-ode.html

 

Lecture du Voyage en Orient de Camille Aubaude à la Maison de la Poésie

Lecture du Voyage en Orient de Camille Aubaude à la Maison de la Poésie-Théâtre Molière, le 29 juin 2017, à Paris, déclamée par Delphine André, Sophie Demmler, Jean Boissery et Francesco Forlani.
Photographie de Jacqueline Chambord.
Adaptation théâtrale d’Anne Marie Hémerick.
« Camille Aubaude montre par son Voyage en Orient que la meilleure façon de se dépayser est la poésie, à une époque où l’on croit pouvoir être partout à la fois […] un texte qui nous aide à comprendre l’épreuve extraordinaire que traverse notre humanité ». Denis Monod-Broca, critique.

LORELEI

Nymphe dressée sur un rocher,
la sirène ondule à l’affût
des barques d’infortune, mue
par des chants déchaînés.

N’as-tu jamais vu Lorelei nager au fil des eaux,
sa chevelure blonde entremêlée aux algues ?
Vestale des brumes,
elle attise les tourmentes
et joue de toutes les voix
se pressant dans sa gorge.
Les bateaux sont sa proie.
N’as-tu jamais vu Lorelei nager au fil des eaux,
sa chevelure blonde entremêlée aux algues ?

Sainte des flots agités,
elle appelle les naufragés,
exilés dans l’errance?
les mène dans une île blanche
pétrie de vagues au sein des eaux :
ses cailloux sont des os.
N’as-tu jamais vu Lorelei nager au fil des eaux,
sa chevelure blonde entremêlée aux algues ?

Maîtresse des nixes ! la femme est ton apôtre.
Des ailes d’oiseaux enlacent tes épaules, les nôtres.
Des ombres s’attachent à ton sein nu.
Tu défies les Ancêtres de rites inconnus.

N’as-tu jamais vu Lorelei nager au fil des eaux,
sa chevelure blonde entremêlée aux algues ?

Le chant de Lorelei abat les géants.
Son regard indolent fascine,
et sa figure empreinte de beauté
danse éblouie au fond des sources.

Va voir Lorelei nager au fil des eaux !
Un visage mémoire des cieux
dans le silence qui se souvient
philtre les gemmes froides
par la pureté de son teint,
les diamants limpides des yeux.
sa chevelure blonde entremêlée aux algues
entremêlée aux algues…

Son corps, tel une plante carnivore,
blanc, jaune et vert, a une bouche
d’où jaillit le chant parfumé de sang
et mène le marin au berceau de la vie.

N’as-tu pas vu Lorelei  nager au fil des eaux,
nager au fil des eaux…

Comment honorer les chansons d’autrefois ?
Je suis née sous ton signe aux mille pressentiments.
Plutôt que la torpeur du monde, ses secrets dévoilés,
j’aime ta voix de nymphe aux heures de transparence

Remercie Lorelei nageant au fil des eaux,
sa chevelure blonde entremêlée aux algues !

Entretien avec Camille Aubaude : Mythes et obsessions

Propos recueillis et présentés par Paola Gonzales et Rosario Valdivia lors d’une rencontre à l’Université Ricardo Palma, à Lima, Pérou, le 18 février 2013 :  « Entretien avec Camille Aubaude : Mythes et obsessions », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°3 [En ligne], mis en ligne le 22 septembre 2013.

Entretien avec Camille Aubaude : Mythes et obsessions

« L’œuf — entre les mains des deux déesses de Denderah »

C’est un récit de rêve inédit dans un recueil intitulé Les Mystères de l’âme au petit matin.

Un œuf immergé dans une piscine éclate au ralenti. La coquille se marbre de fissures, comme le pare brise de la voiture dont j’étais passagère, au Caire. L’enseignante d’anglais du Lycée français de Maadi conduisait. Elle parlait à tort et à travers. En interprétant son thème astral, je lui avais prédit une mort violente. Elle a percuté un bus rouge et jaune qui nous a fait faire des tonneaux. Je venais d’être titularisée professeur de lettres modernes….

Illustration de Gordan Ćosić

Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 9 mai 2017.